|
|
|
VENTE A DISTANCE & E-COMMERCE
N° 221 - AVRIL/JUIN 2010 |
|
dossier |
entreprise |
international |
e-commerce |
abonnement |
contact |
fichiers |
archives |
La langue peut-elle constituer une barrière au développement commercial sur internet ? Inversement, le fait de traduire non seulement son site mais également les conditions générales de vente et l’ensemble des stipulations contractuelles, peut-il booster un site marchand ? Le Forum des droits sur l’internet a mis en place en mai 2008 un groupe de travail sur le thème « internet et développement durable », dont les conclusions ont fait l’objet d’une recommandation « langue et internet » fin décembre 2009. Petit focus sur le volet « commerçant » de cette étude. Par Guillaume Duprez
Si la prise en compte de la diversité linguistique au sein de l’espace internet constitue à première vue un enjeu culturel, il convient de ne pas perdre de vue que « l’absence de prise en compte de la dimension culturelle dans le développement durable constituerait un frein évident pour l’obtention de résultats tangibles en matière écologique, économique ou sociale ».
L’objectif du groupe de travail était donc notamment de proposer aux acteurs privés une série de bonnes pratiques à suivre en matière de multilinguisme en ligne et de respect des normes techniques de l’internet
La langue : un enjeu commercial important En effet, force est de constater que la langue constitue pour les entreprises, un enjeu commercial et d’image significatif.
Le fait pour un site d’adopter le multilinguisme « constitue, pour les entreprises, un enjeu commercial : un site marchand traduit en langue étrangère pourra ainsi toucher une clientèle plus internationale et permettra d’augmenter de façon significative le chiffre d’affaires réalisé. Le souhait pour un acteur économique de traduire ou non un site internet doit donc être mis en relation avec sa politique de développement à l’international ». Le commerce électronique étant, par définition, sans frontières, la traduction des sites marchands ayant des ambitions internationales semble être une quasi-obligation.
L’image de l’entreprise est évidemment influencée par la traduction d’un site marchand. En effet, outre le fait qu’il paraît difficilement crédible d’afficher des ambitions internationales en présentant un site uniquement en langue française, n’oublions pas que pour les e-commerçants, le site est la vitrine de leur activité.
Comme le souligne le rapport, « la traduction et le multilinguisme affiché contribuent aussi, de façon plus indirecte, à améliorer la notoriété d’un acteur présent sur l’internet : les visiteurs, même s’ils n’utiliseront pas toutes les langues proposées, apprécieront l’effort de traduction, et cet effort pourra être considéré comme un gage de travail sérieux ou de qualité et d’ouverture sur le reste du monde ».
Enfin, la protection du consommateur, qui prend de plus en plus de sens avec le développement de la notion d’Entreprise Socialement Responsable (ESR), est l’un des bénéficiaires les plus directes de la traduction des sites marchands.
En effet, « la traduction est aussi un moyen de mieux informer le consommateur sur ses droits, c’est pourquoi la traduction des textes spécifiques à destination du consommateur doit faire l’objet d’une attention toute particulière ».
Ce point étant posé, le Forum des droits sur l’internet « souhaite attirer l’attention des exploitants de sites internet commercialisant des biens en France et bénéficiant d’une version française de leur site sur la nécessité de traduire les conditions générales de vente aussi finement que possible ». Attention cependant : toutes les notions de droit français n’ont pas forcément de pendant dans les systèmes juridiques des autres pays, notamment les pays anglo-saxons.
Il est donc fondamental de s’assurer de l’équivalence juridique des stipulations contractuelles. Et donc, de recourir à un juriste... Et le rapport de conclure : « Il est par ailleurs recommandé de mettre à jour l’ensemble des versions linguistiques des conditions générales de vente dès lors qu’une modification est faite sur le document en langue originale ».
Il est enfin recommandé aux exploitants de retirer toutes les traductions de conditions générales qui ne seraient plus à jour avec la version originale, celles-ci pouvant induire en erreur les consommateurs.
Mais une stratégie qui peut être onéreuse La traduction des sites marchands, notamment si on doit y intégrer le travail de cabinets juridiques spécialisés, représente forcément un coût conséquent. C’est pourquoi le Forum rappelle e-commerçants que ces dépenses, ou tout au moins une partie de celles-ci, peuvent être pris en charge dans le cadre du dispositif d’aide à l’exportation. Charge aux prestataires de traduction de sites « de mieux intégrer cette disposition dans leur offre commerciale ».
Rappelons en effet que les pouvoirs publics proposent depuis 2005 aux PME françaises un dispositif d’aide à l’exportation dans le cadre de la prospection commerciale. La question qui se posait à l’époque était de savoir si ce dispositif d’aide, qui permet d’obtenir un crédit d’impôt correspondant à 50 % de la dépense, et allant jusqu’à 40 000 euros, pouvait être sollicité pour des traductions d’un site internet utilisé à des fins de prospection commerciale. « La question a été posée au ministre de la Culture et de la Communication par le député Bruno Bourg-Broc et publiée au Journal officiel le 18 avril 2006, et la réponse57 publiée le 4 juillet 2006. Il est précisé que le dispositif peut être, en l’état, utilisé pour des opérations de traduction d’un site internet utilisé à des fins de prospection commerciale. Cette réponse a par ailleurs été reprise dans le rapport au Parlement sur l’emploi de la langue française58. La réponse apportée par le ministre de l’Économie étant assez claire dans son principe, il serait dommage que ce dispositif d’aide ne soit pas commercialement utilisé par les traducteurs et les développeurs de sites internet pour inciter leurs clients entreprises à concevoir des sites internet multilingues ». Pourquoi s’en priver ?
Mais, au final, la réussite passe avant tout par une bonne organisation. Ainsi, le rapport recommande aux exploitants de sites internet de « prendre en compte l’enjeu linguistique dès le départ de tout projet internet, mais d’effectuer la réalisation des traductions au fil du projet ».